Gravure sur Tetra Pak©
Gravure sur Tetra Pak©

Gravure sur Tetra Pak©

Je suis toujours en vie ! Je ne publie plus que très rarement, mais ça ne m’empêche pas de continuer à écrire — au contraire ! Seulement, je n’ai rien de spectaculaire à raconter à ce sujet (j’avance tout doucement dans le premier jet de mon dernier manuscrit).

En revanche, j’ai pris le temps depuis un an de faire plein d’expériences plastiques, alors pourquoi pas en parler ici !

Aujourd’hui, je vous présente un médium que j’ai découvert et pratiqué à la maison et lors de petits ateliers pour Vu d’un Œuf : la gravure sur Tetra Pak©, aussi appelée kitchen gravure ou lasagnographie par certains artistes.

Le gros avantage de cette technique, c’est d’être matériellement accessible, avec peu de matériel et pas mal de récup.

C’est aussi une technique très ludique, qui encourage l’exploration et les expériences, et dont le résultat est toujours une surprise.

Je ne suis pas encore experte, loin de là, mais je vous raconte ici ce que j’ai appris, en trois étapes : gravure, encrage et impression.

Le matériel nécessaire

La gravure

Une brique de Tetra Pak© (carton de lait, de jus de fruits, etc.) que vous aurez préalablement mise à plat, lavée et découpée au format souhaité. Si vous utilisez un laminoir pour l’impression, assurez-vous que le format passe en largeur !

Une pointe sèche (c’est-à-dire un clou avec un manche) ; et éventuellement un petit cutter.

L’encrage

Une zone de travail lavable ou protégée !

Une encre épaisse et très pigmentée, idéalement, de l’encre à taille douce : c’est le seul matériel un peu onéreux. J’utilise l’encre taille douce Charbonnel Aquawash (nettoyage du matériel à l’eau) et j’en suis satisfaite. J’ai testé la peinture acrylique avec un résultat très décevant ; l’encre à linogravure rend un peu mieux, mais ça reste très clair.

Une carte type carte bleue (je recycle mes vieilles cartes de fidélité 😉) ou un bouchon de liège pour étaler l’encre.

Des chiffons, du papier journal, de l’essuie-tout et éventuellement des cotons-tiges pour essuyer les détails.

En option, des gants fins en latex — mais surtout un point d’eau pas loin pour se laver les mains à chaque étape.

L’impression

En guise de presse, on utilise un laminoir à pâtes qui se fixe à un plan de travail. Si vous n’en avez pas, il paraît qu’on peut aussi utiliser une cuillère à soupe, mais je n’ai pas testé.

Du papier pour l’impression (un peu épais, type papier à dessin 180g/m2) découpé au format adéquat (un peu plus grand que votre plaque de Tetra Pak©). Prévoyez plusieurs papiers à l’avance !

Un bac avec de l’eau pour mouiller le papier.

Un torchon propre pour essuyer le papier.

Le “millefeuille” à passer dans la presse : j’utilise un bout de pochette cartonnée pliée en deux et une bande de feutrine. Vérifiez que la largeur passe dans le laminoir.

Du brouillon ou journal, de l’essuie-tout.

La mise en œuvre

La gravure

Dessinez votre motif à la pointe sèche sur la face métallisée de la brique Tetra Pak©.

Les traits que vous gravez seront les traits qui apparaissent à l’impression : contrairement à la gravure sur lino ou sur gomme, ici, pas besoin de réfléchir en négatif.

En revanche, si vous gravez du texte, rappelez-vous de le graver en miroir !

Appuyez fortement la pointe pour percer la couche métallisée, sans passer à travers le carton.

Conseils techniques : pensez à tenir la pointe penchée à 45° et “tirez” le trait. Il est souvent plus facile de tourner la plaque que votre poignet !

Pour obtenir des zones totalement encrées, vous pouvez découper au cutter la feuille métallisée et l’arracher pour laisser apparaître le carton derrière. Attention à ne pas passer à travers le carton.

L’encrage

Réservez une zone de travail à l’encrage et protégez-la, c’est l’étape la plus salissante.

Posez sur votre plaque gravée l’équivalent d’un petit pois d’encre et étalez-le en le faisant pénétrer dans les creux à l’aide de la carte bleue ou du bouchon. Il n’y a vraiment pas besoin de beaucoup d’encre, on a toujours tendance à en mettre trop.

Essuyez votre plaque à l’aide d’un chiffon ou de papier journal ou d’essuie-tout. Selon le rendu souhaité, vous pouvez essuyer la plaque complètement (seuls les traits gravés conserveront l’encre) ou laisser des zones “sales”. Ces traces peuvent créer du mouvement ou des textures en plus du tracé gravé.

Conseils techniques : pour obtenir des détails parfaitement blancs sur certaines zones, finissez l’essuyage au coton-tige humide.

L’impression

Assurez-vous d’avoir les mains propres, sous peine de tacher votre papier !

Mouillez le papier découpé dans le bac, puis essuyez-le dans le torchon propre afin qu’il soit juste humide.

Construisez votre millefeuille : dans la pochette ouverte, mettez une couche de brouillon, votre plaque encrée (face encrée vers le haut), le papier humide, éventuellement une feuille d’essuie-tout, la feutrine, puis refermez la pochette.

Passez votre millefeuille dans le laminoir (côté lasagnes, hein, on ne veut pas transformer votre œuvre en tagliatelles !), en insérant toujours le côté fermé de votre millefeuille en premier.

Une molette sur le côté du laminoir permet de régler l’épaisseur entre les rouleaux. Il faut que ce soit très ajusté, que la manivelle soit dure à tourner, mais pas que ça bloque complètement. Il est possible aussi d’affiner le réglage en ajoutant des couches de journal dans votre millefeuille.

Tournez la manivelle avec vos plus beaux muscles. En général, il faut tenir un peu la machine et guider le millefeuille vers la sortie.

Ouvrez le millefeuille délicatement et découvrez votre estampe !

Conseil technique : la première impression est souvent médiocre, car elle “met en condition” la plaque. Donc, enchaînez plusieurs épreuves de votre plaque en repassant par l’étape d’encrage et profitez-en pour explorer les degrés d’essuyage, d’humidité du papier et de pression du laminoir. En plus, ça rentabilise l’installation du matériel !

Ci-dessous, quelques expériences avec comme vous le voyez des défauts d’encrage ou de réglage de la pression :

Idée : si vous avez plusieurs couleurs d’encre, testez les mélanges de couleur. Soit en appliquant plusieurs couleurs à la fois sur la plaque, soit en changeant de couleur entre deux impressions (sans laver la plaque).

Conclusion

L’essentiel est de vous amuser, d’explorer, sans trop se soucier du résultat. Acceptez la magie et l’imprévu ! Au fur et à mesure des impressions, vous allez découvrir des effets que vous pourrez ensuite (essayer de) reproduire volontairement.

Pour ma part, j’ai énormément appris en regardant mes “stagiaires” tester des effets auxquels je n’aurais pas forcément pensé.

J’adore en particulier le fait qu’avec une seule plaque, on peut obtenir une infinité de variations. Rien n’est jamais raté, rien n’est jamais définitif. Si une estampe ne me plaît pas, j’ai toujours ma plaque, il suffit d’encrer de nouveau.

Si jamais vous avez testé cette technique, racontez-moi votre expérience en commentaire !

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